jeudi 8 février 2018

Victor Hugo vient de mourir


Au détour d'une rue lors d'une promenade dans Paris, je me retrouvai par le plus grand des hasards mais également par le plus grand des bonheurs Place Victor Hugo.

C'est non loin de là, au 124 de l'Avenue de l'Eylau que, Victor Hugo, le plus illustre des poètes et des auteurs français prit ses appartements à la fin des années 1870.

A l'aube de son quatre-vingtième anniversaire, Paris lui offrit une fête immense et lui rendit le plus beau des hommages en renommant l'avenue qui allait dorénavant porter le nom du poète et en défilant sous ses fenêtres pour le voir et le saluer chaleureusement.


Ce parcours nous mène au roman de Judith Perrignon, ancienne journaliste de "Libération" et pigiste pour des revues comme "Marianne" ou "XXI".

Le 22 mai 1885, "monsieur Victor Hugo, en son avenue", rendit son dernier soupir. La France fut saisi par cette perte immense. C'est un véritable séisme qui ébranla alors non seulement la famille, mais qui fit également trembler la IIIe Répulique. 

130 ans après la disparition de Victor Hugo, elle nous fait revivre ces quelques jours nous séparant du moment où Victor Hugo rendit l'âme à celui de son enterrement. C'est tout d'abord la tristesse d'une famille perdant un être cher qui nous est dépeinte. Mais, ce qui prit alors le plus d'importance et que nous retranscrit formidablement Judith Perrignon fut la réaction du peuple et la crainte que celle-ci provoqua chez les hommes politiques. En effet, toute sa vie et durant sa carrière politique, Victor Hugo se fit la voix du peuple et le gouvernement Ferry eu peur que cette mort soit reprise par les anarchistes ou d'autre contre la République.

"Victor Hugo vient de mourir", est un roman historique passionnant, écrit telle une chronique de l'époque nous faisant découvrir heures après heures cet événement  de l'intérieur.


Edité chez l'Iconoclaste, "Victor Hugo vient de mourir" est également disponible aux Editions Pocket.

samedi 3 février 2018

Shelton & Felter



Changeons un peu de registre ! Quittons l’univers des romans pour faire un tour du coté de la bande dessinée, qui était à l’honneur il y a peu lors du festival international d’Angoulême.
Certes la BD dont je vais vous parler, "Shelton & Felder" de Jacques Lamontagne n’y a reçu aucune récompense, mais elle mérite d’être découverte par le plus grand nombre.

Commençons par ce qui me semble le plus important dans une BD : le dessin. Je ne suis pas un expert, mais j’ai vraiment apprécié le coup de crayon de Jacques Lamontagne qui signe ici le dessin et le texte. Je vous laisse juger par vous-même en regardant la planche ci-dessous.


L’histoire quant à elle est vraiment bien faite et fait penser à un bon Sherlock Holmes.

Boston, 1929. Isaac Shelton est un ancien boxeur qu’un problème à l’épaule a contraint à changer de carrière. Celui-ci se lance alors dans le métier de journaliste. Alors qu’il se retrouve sur une scène de crime, un petit homme posté derrière lui, Thomas Felter, un libraire hypocondriaque et passionné de polars, arrive à résoudre le mystère grâce à son esprit de déduction.
Stupéfait par cette prouesse, Shelton tente de convaincre Felter de lui donner un coup de main pour résoudre une affaire des plus étranges.

Outre les personnages que j’ai trouvé très attachants, surtout Felter dans le lequel je me suis un peu retrouvé car en plus d’être libraire, je suis également « un peu » hypocondriaque, l’histoire et l’enquête sont intelligemment construites. De plus, toute l’histoire  se base sur un fait divers réel : la grande inondation de mélasse de Boston. Le 15 janvier 1919, à Boston, une citerne remplit de mélasse se rompit et déversa son contenu dans les rues de la ville du Massachusetts, tuant une vingtaine de personnes et en blessant 150 autres.

J’attends la prochaine enquête de nos deux compères avec grande impatience.


 "Shelton & Felter – La mort noire", est disponible aux Editions Kennes.

jeudi 1 février 2018

Les talons rouges


Une belle surprise ! Voilà ce que je pourrais dire de ce roman d’Antoine de Baecque.

Habitué jusque là par ses ouvrages sur l’Histoire, le cinéma et le théâtre, je fus un peu surpris lorsqu’il me fut présenté lors de soirée de rentrée littéraire des Editions Stock le premier roman de ce spécialiste de la Révolution française. Moyennement convaincu, non par le sujet, mais par l’angle utilisé par Antoine de Baecque, je déposai alors celui-ci sur la pile de mes livres à lire sans jamais la quitter.

Les semaines, les mois passent et j’en viens même à l’oublier. Par un heureux hasard, je retombe dessus en rangeant mes livres et décide, ne sachant que lire à ce moment là.

Au fil des pages je me suis laissé prendre par l’histoire la famille de Villemort entrainée dans les tourments de la grande Histoire, celle de la Révolution française.

Tout commence avec le patriarche de la famille, Henry de Villemort, qui voit le jour en 1569. Alors qu’il venait d’entrer dans sa vingt-troisième, le jeune chevalier commit l’irréparable en volant et fondant les calices de la cathédrale de Chartres pour en faire une bague qu’il offrit à sa maîtresse. À la suite de cet acte blasphématoire, Henry de Villemort fut excommunié par le Pape Clément VIII.  Il se retira alors jusqu’à sa mort, en 1611, dans un manoir au cœur de la forêt de Carnelle.
Mais, sa malédiction ne s’arrêta pas là. Semant la terreur autour de lui, Henry de Villemort était revenu à la vie et quelle vie, celle d’un vampire.
220 ans après sa naissance, c’est entouré d’une famille agrandit que le vieux noble se retrouve au cœur de la Révolution française. Mais, cette famille de vampires, à l’image de la France de l’époque va se diviser entre une génération attachée à l’ordre ancien et une jeunesse éprise de liberté. Cette jeunesse, chez les Villemort, est représentée par William et Louis qui s’investissent avec ferveur dans la politique.

Outre la saga familiale hors-norme, ce roman est également un document historique très riche et parfaitement documenté où foisonnent les anecdotes historiques. On y retrouve bien évidement des personnages clés de la Révolution française comme Robespierre, Danton ou Louis XVI à l’origine des évènements les plus importants de ce bouleversement politique, mais on y découvre aussi des personnes moins connues mais dont l’histoire est tout aussi passionnante. C’est ainsi qu’on y rencontre Equiano, figure emblématique de l’abolition de l’esclavage ou encore Jean Jacob, un joyeux centenaire reçu par le roi et la nouvelle Assemblée Nationale.

En conclusion, « Les talons rouges » est un premier et extraordinaire roman qui ravira autant les fans de vampirisme que les passionnés d’Histoire ou simplement les amoureux de littérature qui apprécieront le style d’Antoine de Baecque.


"Les talons rouges" d’Antoine de Baecque est disponible aux Editions Stock.

dimanche 21 janvier 2018

Entre deux mondes


Depuis "Code 93", j’attends avec impatience chaque nouveau roman d’Olivier Norek. Il est  un des auteurs que je veux toujours avoir en rayon dans les librairies où je travaille et que je conseille
avec toujours autant de plaisir.

Avec "Entre deux monde", nous n’aurons pas le droit à une enquête de Victor Coste, ni même à un véritable policier. Olivier Norek signe ici plutôt un roman noir, mais quel roman !
Nous plongeons au cœur d’un monde que nous ne connaissons pas ou très mal, un monde sombre, rongé par la guerre, la violence, la misère.

Tout commence en Syrie, dans un pays coupé en deux. Adam, policier, veut faire fuir sa famille de cet enfer et leur offrir un avenir meilleur en Europe. Il tente alors de faire passer sa femme et sa fille clandestinement pour qu’elles puissent rejoindre Calais, dernière étape avant l’Angleterre.
Mais comment les rejoindre ? Comment savoir si ce qu’il a de plus précieux au monde est arrivé en vie, en sécurité dans cette ville du nord au pays des droits de l’Homme ?

A son arrivé à Calais, sa femme et sa fille ne sont pas là, les retrouvailles tant espérées n’ont pas lieu. Adam va alors remuer ciel et terre pour les retrouver.

Et c’est au milieu de toute cette noirceur que quelques lueurs d’espoirs et d’humanité vont apparaître. Ces lueurs s’appellent Kilani, un garçonnet orphelin qu’Adam va protéger comme son propre fils. Ousmane un migrant qui va lui apprendre et l’aider à survivre dans ce monde étrange qu’est la jungle et Bastien, un policier français au grand cœur qui va se lier d’amitié avec Adam.

Outre son histoire qui nous tient en haleine de la première à la dernière page, « Entre deux mondes », nous montre une image de la jungle et des migrants, une autre image des calaisiens et des policiers. Tous recouvrent la part d’humanité dont ils ont été privés par le traitement journalistique et politique dont ils sont tous victimes. Les migrants deviennent des personnes comme nous, des pères, des mères, des enfants qui fuient avec pour seul espoir une vie meilleurs, ailleurs. Mais parmi eux, se cachent aussi de mauvaises personnes. Les calaisiens, de pauvres gens qui voient leurs commerces fermer, les touristes partir et qui sont perdus au milieu de tout ça. Et derrière les uniformes des policiers, des hommes qui s’étaient engagés pour défendre ceux qui en ont besoin et qui ont le sentiment de ne plus le faire et supportent tant bien que mal de devoir réaliser cette basse besogne.

Olivier Norek nous ouvre les yeux sur ces mondes si proches et pourtant si loin de nous. Sans prendre parti, sans être moralisateur, il nous fait voir la réalité en face. Et c’est un véritable coup en pleine figure que nous prenons.

"Entre deux mondes", d'Olivier Norek est disponible aux Editions Michel Lafon.

lundi 26 juin 2017

HHhH


Reinhard Heydrich, voilà un nom qui, s'il ne dit rien à beaucoup de monde aujourd'hui fit pourtant trembler l'Europe.

Dans une Allemagne brisée par le traité de Versailles et anéantie par la crise de 1929, le NSDAP va petit à petit monter en puissance et prendre le pouvoir ainsi qu'une poignée d'hommes que rien ne destinait à cette ascension. C'est de ceux-là que fait parti Heydrich. Après avoir été renvoyé de la marine allemande, il se retrouvera chargé du renseignement pour la SS de Himmler. Agent zélé, il sera récompensé par Hitler lui-même qui le promu adjoint du gouverneur de protectorat de Bohème-Moravie. Il s'y imposera comme le numéro un de cette région de l'Est qu'il va martyriser.

Décembre 1941, deux soldats tchécoslovaques sont parachutés par Londres près de Prague avec une mission : éliminer celui qui est surnommé le cerveau d'Hitler. C'est l'opération Anthropoïd.
C'est par un doux matin de printemps 1942, après des mois de préparation avec l'aide de la résistance locale, que Jozef Gabcik et Jan Kubis passent à l'action et neutralisent l'architecte de la solution finale.
C'est ce destin croisé d'un bourreau et de héros que Laurent Binet s'est quant à lui donné pour mission de nous raconter dans HHhH.

Outre l'opération qu'il nous détaille à merveille avec sa plume, ce sont également ses doutes qu'il nous décrits au fil des pages, tiraillé entre la fidélité aux événements et la nécessité de romancer pour pallier aux zones d'ombres et de ne pas faire de son livre un simple document historique.
Ce travail subtile fut, à juste titre, récompensé par l'académie Goncourt et reçu le prix du meilleur premier roman en 2010.

Déjà porté à l'écran, cette fois c'est le réalisateur de "Le French" Cédric Jimenez qui s'est emparé de l'opération Anthropoïd en adaptant le livre de Laurent Binet. Un scénario assez libre, car beaucoup plus romancé que le livre original.
Divisé en deux parties, celui-ci nous montre dans un premier temps la monté de Heydrich avant de nous montrer la préparation des résistants.
Outre les acteurs qui brillent par leur jeu, les images sont vraiment sublimes, un esthétisme presque dérangeant quand il s'agit de la barbarie nazie, émouvant quand il capte les émotions des acteurs ; le tout agrémenté d'une bande son merveilleuse. L'ensemble ne peut qu'émouvoir le spectateur.

Après avoir conseillé pendant des années le livre, je ne peux que conseiller de vous rendre dans les salles obscures et de lire ou relire "HHhH".


"HHhH" est disponible chez Livre de poche à 7,90€.